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Ramadan : l’Association Doukkala brise la solitude des mineurs détenus à El Jadida

Ramadan : l’Association Doukkala brise la solitude des mineurs détenus à El Jadida

Une table dressée là où on ne l’attendait pas

C’est une heure que l’on oublie rarement. Celle du coucher du soleil, quand les familles marocaines se retrouvent autour d’une harira fumante, que les rires fusent et que le sentiment d’appartenance à quelque chose de plus grand que soi enveloppe chaque foyer. Mais il existe des lieux où ce rituel ancestral, pilier du mois de Ramadan, risque de se fondre dans le silence et l’oubli. Des lieux clos. Des lieux où des jeunes — trop jeunes — purgent une peine, loin des leurs.

Ce soir du 11 mars 2026, à la Prison locale d’El Jadida 1, quelque chose d’inhabituel s’est produit. Une table a été dressée. Pas n’importe quelle table : une table de la solidarité, tendue par des mains bienveillantes venues du dehors, portant avec elles la chaleur d’une société civile qui refuse de tourner le dos à ses enfants, même à ceux que la vie a placés derrière des barreaux.

L’Association Doukkala venait d’organiser un iftar collectif au profit des détenus mineurs de l’établissement. Une initiative simple dans sa forme, mais immense dans sa portée.

Quand la société civile frappe à la porte des cellules

Hind El Alliti et Moulay Hafid Sabri, représentants de l’Association Doukkala, n’ont pas franchi le seuil de cet établissement en simples observateurs. Ils sont venus en partenaires, aux côtés de la direction et du service social de la prison, pour co-construire un moment de dignité partagée. Pas de discours officiels ronflants, pas de caméras clinquantes — juste la conviction que chaque jeune détenu mérite, le temps d’un repas, de se sentir appartenir encore à ce pays, à cette communauté, à cette humanité.

« Ces initiatives contribuent à renforcer le sentiment d’appartenance chez les détenus et à consolider les liens humains et sociaux », ont tenu à souligner les représentants de l’association, dont l’engagement dépasse, et de loin, le simple geste ponctuel.

Car l’Association Doukkala ne débarque pas en terrain inconnu. Ce partenariat avec la Prison locale d’El Jadida 1 s’inscrit dans la durée, tissé fil à fil à travers des programmes sociaux, culturels, éducatifs et psychologiques qui font du suivi des détenus — notamment les plus vulnérables, les mineurs — une cause permanente et structurée.

Des jeunes visages, un avenir à ne pas sacrifier

Derrière chaque détenu mineur, il y a une trajectoire brisée, une adolescence chahutée, parfois une détresse criante. C’est précisément cette réalité que l’association refuse de banaliser. Offrir un iftar, c’est bien. Mais c’est surtout envoyer un message fort à ces jeunes : vous n’êtes pas oubliés, vous n’êtes pas condamnés à la marge.

L’association a également rendu hommage à la direction de l’établissement et à son service social, saluant leur engagement résolu à promouvoir une approche éducative et humaine auprès des détenus, en particulier des mineurs. Une volonté institutionnelle qui, conjuguée à l’élan de la société civile, dessine les contours d’une prison qui ne renonce pas à sa mission de réhabilitation.

Un partenariat ancré dans une vision nationale

Au-delà du symbole, cette action s’inscrit en pleine cohérence avec les orientations de la Délégation Générale à l’Administration Pénitentiaire et à la Réinsertion (DGAPR), qui place la réinsertion sociale au cœur de sa stratégie nationale. L’Association Doukkala en est l’un des relais actifs sur le terrain, traduisant en actes concrets ce que d’autres se contentent de formuler en intentions.

La coopération engagée avec la Prison locale d’El Jadida 1 a vocation à se poursuivre et à s’intensifier, avec un programme d’activités pensé pour agir simultanément sur plusieurs dimensions : sociale, culturelle, éducative et psychologique. Un accompagnement global, pour préparer une sortie qui ne soit pas une rechute, mais un nouveau départ.

Le Ramadan comme catalyseur de conscience collective

Il y a quelque chose de profondément symbolique dans le choix du Ramadan pour tenir cet iftar. Ce mois n’est pas seulement celui du jeûne. C’est celui de la générosité, de l’introspection, du lien entre les êtres. En s’invitant dans la prison lors de cette période sacrée, l’Association Doukkala a rappelé une vérité simple mais souvent occultée : la solidarité n’a pas de frontières, pas même celles d’une geôle.

Lorsque le soleil s’est couché ce soir-là sur El Jadida, les mineurs détenus de la prison locale n’ont pas rompu le jeûne seuls. Ils ont partagé un repas avec des hommes et des femmes qui avaient fait le choix de venir. Ce geste, aussi discret soit-il, résonnera peut-être longtemps dans la mémoire de certains de ces jeunes. Et c’est peut-être là, dans cet écho silencieux, que se joue une partie de leur avenir.

— Mohamed LOKHNATI

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