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Calligraphie-Entretien: À El Jadida, Didier Klein fait parler l’encre arabe

Calligraphie / Entretien
À El Jadida, Didier Klein fait parler l’encre arabe

Français de naissance, arabe de cœur artistique, le calligraphe Didier Klein expose à l’Institut français d’El Jadida des œuvres inspirées des Mu‘allaqāt, poèmes fondateurs de la culture arabe. À 70 ans, il raconte à L’Opinion comment une rencontre fortuite avec le monde arabo-musulman a bouleversé son regard et façonné toute une vie de création.

L’encre est noire, le papier clair, le silence presque total. Dans la grande salle de l’Institut français d’El Jadida, les visiteurs s’approchent, reculent, observent. Les lettres arabes ne se lisent pas seulement : elles se contemplent.
Au centre de ce face-à-face discret, Didier Klein, 70 ans, calligraphe français, observe les réactions avec un sourire tranquille.
« La calligraphie, c’est une manière de faire respirer la poésie », glisse-t-il.
Sur les murs, une quinzaine de compositions inspirées des Mu‘allaqāt, ces poèmes préislamiques longtemps transmis oralement avant d’être considérés comme des piliers de la langue arabe. Amour, vin, errance, désir, hasard : autant de thèmes que l’artiste traduit en gestes calligraphiques, entre rigueur et liberté, en styles diwani et maghribi.
L’Opinion : Pourquoi revenir à ces textes anciens ?
-Didier Klein : Parce qu’ils sont aux racines de la langue arabe. Les Mu‘allaqāt racontent un monde où la poésie était vitale, presque sacrée. Pour les Bédouins du désert, elle était mémoire, identité, survie.
Rien ne destinait pourtant cet artiste français à consacrer son œuvre à l’écriture arabe.
Question : D’où vient ce basculement ?
Réponse : De l’Algérie, dans les années 1980. J’y suis allé presque par hasard. Ce que j’y ai découvert – la langue, les sons, la culture – a été un choc. J’ai compris que je ne pourrais plus regarder l’écriture de la même manière.
Ce choc devient apprentissage : trois années d’arabe littéral à l’Inalco, à Paris. Puis un long compagnonnage autodidacte avec la calligraphie, nourri par des séjours en Tunisie, en Jordanie, en Turquie et, plus récemment, au Maroc.
Question: Pourquoi vous installer ici ?
-Réponse: Le Maroc est un carrefour. On y sent la profondeur de la culture arabe, mais aussi l’empreinte amazighe. Ce dialogue m’intéresse énormément et nourrit mon travail.
Dans la salle, une visiteuse murmure devant une œuvre aux courbes audacieuses : « On ne lit pas, on ressent. » Une phrase qui résume l’esprit de l’exposition.
Ouverte jusqu’à la fin du mois, cette exposition transforme El Jadida en un espace de rencontre entre poésie ancienne et création contemporaine, entre Orient et Occident, entre mémoire et geste vivant.

Propos recueillis par Mohamed LOKHNATI

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