
Université Marocaine: Les frais d’inscription en formation continue enflamment le débat
Le débat sur les droits d’inscription dans les programmes de formation continue des universités marocaines ravive les interrogations sur le financement de l’enseignement supérieur, la qualité des formations et l’accès des salariés et des publics à revenus modestes à la reprise d’études.
Alors que les universités marocaines s’apprêtent à engager une nouvelle phase de réorganisation de l’offre de formation et de diversification des parcours, la question du financement des dispositifs de formation continue suscite des réactions contrastées.
Dans une analyse consacrée à cette réforme, Essaid El Meskini, doyen par intérim de la Faculté des sciences juridiques et politique de l’Université Chouaib Doukkali d’El Jadida, défend l’idée que le débat ne saurait être réduit à la seule question du montant des droits d’inscription.
Selon lui, l’enjeu porte plus largement sur la capacité de l’université à proposer une formation de qualité, à préserver la valeur des diplômes et à répondre aux besoins d’un marché du travail en mutation, tout en garantissant des mécanismes d’équité sociale
Des frais qui doivent être liés à un service universitaire identifiable
La réflexion avancée par M. El Meskini repose sur une distinction entre la formation initiale et les dispositifs de formation continue, destinés notamment aux salariés et aux personnes souhaitant reprendre ou approfondir leur parcours académique.
Dans cette logique, les droits acquittés par les bénéficiaires ne devraient pas être considérés comme une simple contribution financière donnant accès à un diplôme, mais comme le financement d’un dispositif pédagogique et institutionnel comprenant notamment des enseignements adaptés, des équipements, des ressources numériques, des laboratoires et des prestations administratives.
L’universitaire estime ainsi que la question centrale devrait être celle de l’utilisation et de la traçabilité des ressources mobilisées : les sommes collectées doivent-elles contribuer directement à l’amélioration de la qualité des formations et des infrastructures universitaires ?
Cette approche implique, selon lui, davantage de transparence dans la gestion des ressources ainsi que des garanties sur la qualité académique des cursus proposés.
L’équité sociale au cœur des interrogations
La question de l’accès des catégories disposant de revenus limités constitue toutefois l’un des principaux points de controverse.
Des mécanismes d’allègement ou d’adaptation des droits pourraient, selon cette analyse, être envisagés dans certaines situations, notamment lorsque le niveau de rémunération du bénéficiaire demeure inférieur ou proche du salaire minimum.
Une telle modulation permettrait d’introduire davantage de souplesse dans le financement de la formation continue, en tenant compte de la capacité contributive des intéressés plutôt que d’appliquer un tarif uniforme à l’ensemble des candidats.
Pour autant, l’objectif affiché ne serait pas de transformer la réforme en opposition entre « gratuité » et « performance », mais de rechercher un équilibre entre viabilité financière des formations et justice sociale.
Adapter l’université aux contraintes du monde professionnel
L’un des arguments avancés concerne également l’organisation du temps universitaire.
La formation continue destinée aux actifs suppose, par nature, des horaires compatibles avec l’exercice professionnel. Cours en soirée, durant les week-ends ou selon des calendriers aménagés impliquent une organisation spécifique ainsi que la mobilisation de personnels enseignants, administratifs et techniques.
Cette flexibilité représente donc un coût pour l’établissement, souligne l’analyse, notamment en matière d’encadrement, d’infrastructures et de fonctionnement.
Dans cette perspective, la question des droits d’inscription ne peut être dissociée des dépenses réellement engagées pour assurer la continuité et la qualité du service universitaire.
« Les frais ne garantissent pas à eux seuls le diplôme »
L’un des points mis en avant dans le débat concerne par ailleurs la valeur académique des diplômes délivrés dans le cadre de la formation continue. Le paiement de droits d’inscription ne saurait, selon cette lecture, être assimilé à l’achat d’un diplôme. L’obtention d’une certification universitaire reste subordonnée au respect des exigences pédagogiques, aux évaluations et à la réussite aux différentes étapes du cursus.
Cette distinction vise à répondre aux critiques assimilant le développement de la formation continue à une marchandisation de l’enseignement supérieur.
L’enjeu serait dès lors de maintenir une séparation claire entre le financement d’un parcours de formation et la validation académique des compétences acquises
Vers un modèle conciliant qualité et accessibilité
Le débat intervient dans un contexte plus large de transformation de l’université marocaine, marquée par la diversification des parcours et la volonté de renforcer la formation tout au long de la vie.
La réforme soulève ainsi une question de fond : comment permettre aux universités de disposer des ressources nécessaires à l’amélioration de leurs formations sans faire peser une charge disproportionnée sur les étudiants et les professionnels souhaitant reprendre leurs études ?
Pour les défenseurs d’une réforme de la formation continue, la réponse passe par un modèle combinant financement soutenable, transparence dans l’utilisation des ressources, exigence académique et dispositifs d’accompagnement pour les publics les plus vulnérables.
Au-delà de la controverse sur les droits d’inscription, le débat met ainsi en lumière un enjeu plus structurel pour l’enseignement supérieur marocain : faire de la formation tout au long de la vie un véritable instrument d’adaptation aux mutations économiques et professionnelles, sans compromettre ni la qualité des diplômes ni le principe d’équité dans l’accès au savoir.
Mohamed LOKHNATI




